Univers en aquarelle, dessin, photographie

Les œuvres de la jeune artiste suisse Livia Salome Gnos, sensibles et poétiques, entraînent l’esprit dans des territoires secrets et parallèles dans lesquels les repères traditionnels n’existent plus. L’artiste mêle les univers et abolit les limites qui peuvent exister entre le connu et l’inconnu, le jour et la nuit, l’homme et la nature. Dans son art, c’est la part originelle, pure, animale et non corrompue du monde qui est célébrée.

La paix nocturne, symbolisant le retour aux origines, est ainsi souvent représentée : elle correspond non seulement aux moments de création les plus riches pour l’artiste, lorsque la nuit naît et que le silence s’installe, mais aussi aux instants où les formes s’estompent. Le mystère envahit alors l’espace et l’occulte tandis que l’imagination produit des êtres nés de la peur ancestrale de la nuit. L’univers entier paraît alors flotter, les contours se font flous et la perception est déformée.

Dans la série «Hôtel», la nuit a pénétré des lieux citadins, mais les formes là encore semblent sortir du rêve : les échelles de grandeur et la lumière de la raison disparaissent pour laisser la porte ouverte au rêve. A la limite de l’abstrait, dans certaines autres images qui représentent les intérieurs où vit l’artiste, des formes humaines se dessinent qui nous replongent dans l’intimité. Dans les photographies «Camera obscura», c’est le soleil couchant qui s’est invité dans l’espace de la maison et qui veille déjà, comme la pleine lune, de son œil béant, sur l’enfant qui dort.

Dans ses aquarelles «Ursprung (Roschach)», Livia Gnos poursuit dans cette démarche qui cherche à marier les règnes et à estomper les limites logiques en dessinant des figures et autres masques qui vacillent entre l’ordre minéral, l’ordre humain ou encore le végétal : monstres, démons ou divinités de la nature prennent forme dans ces dessins qui se réfèrent aux tests du fameux médecin suisse qui cherchait à lire la personnalité de ses patients à travers l’interprétation de figures ambiguës et à remonter, par cela, aux sources mêmes de l’inconscient. Partout, le spectateur est emporté dans une courbe qui l’invite à se concentrer sur son être primaire et intime.

Mais ce ne sont pas seulement les univers privés que cherche à capter Livia Gnos. L’artiste exalte en effet les éléments d’une nature que l’on ne peut maîtriser. Le sentiment du sublime naît en effet à la vue de ses photographies de glaciers et autres paysages de montagnes. S’inscrivant dans une démarche similaire à celle d’Albrecht von Haller qui s’enthousiasma pour la première fois pour les Alpes au XVIIIème siècle, ses photographies des neiges et des glaces captées de près suggèrent le silence et la majesté des espaces montagneux propres au pays de l’artiste, la Suisse.

Les œuvres de Livia Gnos mélangent, de ce fait, non seulement les genres et brouillent les repères, mais elles affrontent également les échelles et les impressions. Elles relèvent toutes d’un monde artistique qui va du plus infime au plus gigantesque. Dans celles-ci, chacun pourra se plonger et reconnaître une part de l’universel, petit ou grand, propre à le toucher.

Klara Tuszynski, novembre 2010


Die poetischen Arbeiten der Schweizer Künstlerin Livia Salome Gnos führen den Geist des Betrachters in verborgene Welten, lassen herkömmliche Anhaltspunkte hinter sich. Grenzen werden aufgehoben, Welten verstrickt, das Bekannte und Unbekannte, Tag und Nacht, Mensch und Natur werden zu einem Ganzen. Das Ursprüngliche, Animalische findet wird hier gesucht.

Die nächtliche Stille wird oft dargestellt und symbolisiert wohl die Rückkehr zum Ursprung : diese entspricht einerseits den unangefochtenen Momenten des Schaffens der Künstlerin, wenn  Dunkelheit und Stille sich über die Welt legen, sichtbare Formen verschwimmen. Das Verborgene und Rätselhafte kann nun den Raum heimsuchen, und lässt Wesen aus der altüberlieferten Furcht vor dem Dunkel entstehen. Die gesamte Welt scheint nun frei zu schweben.

In der « Hotel » Serie greift die Nacht in urbane Orte ein, aber auch hier scheinen die Formen einem Traum zu entstammen : das Grössen- und Lichtverhältnis verschwindet und lässt Raum für Traumgestalten entstehen. An der Grenze zum Abstrakten, können wir in einigen Bildern menschliche Gestalten und intime Sphären erahnen. In der Serie « Camera Obscura » erscheint die untergehende Sonne im Inneren des Hauses, und wacht, anstelle des Vollmondes, riesigen Auges über das schlafende Kind.

In den Aquarellen « Ursprung (Rorschach) » geht Livia Gnos wieder demselben Vorhaben nach, in ihren Zeichnungen erscheinen Figuren und Masken aus dem Reich der Pflanzen, Tiere und Steine, lösen bekannte Grenzen auf, schwanken vom einen zum anderen. Monster, Demonen oder Gottheiten aus der Natur entstehen aus den Linien. Wie im Titel erwähnt, verweisen sie auf den bekannten Schweizer Arzt, welcher in den Interpretationen vieldeutiger Formen die Persönlichkeit seiner Patienten zu deuten, und damit an den Ursprung des Unbewusstseins zu gelangen suchte. Auch hier wird der Betrachter in einen Kreislauf mitgerissen, wo er auf seine eigene Intimität zurückgeworfen wird.

Aber es handelt sich in Livia Gnos’ Arbeit nicht nur um innere Welten. Die Künstlerin preist nämlich ebenso unbezähmbare Naturgewalten. So werden wir vor den Fotografien von Gletschern und Bergwelten tatsächlich von einem Gefühl des Erhabenen erfasst. Ähnlich der Arbeit eines Nachfolgers Albrecht von Hallers, welcher sich im 18. Jahrhundert als Erster für die Alpen begeisterte, legen die Nahaufnahmen von Schnee und Eis die Stille und Majestät der Bergwelt nahe. 

Die Arbeit von Livia Gnos vermischt so nicht nur herkömmliche Genrebegriffe, sondern trotzt auch dem Anschein, Sinnestäuschungen und Grössenverhältnisse. Sie untersteht einer Welt, welche den Bogen vom Allerkleinsten zum Allergrössten spannt.

Klara Tuszynski, November 2010